Chers frères et chers pères,

lorsqu’il a fallu quitter le terreau bien-aimé du séminaire, je me suis laissé porter par l’air du large pour venir me planter dans la bonne terre des Moutiers-en-Retz, petite ville de bord de mer où mes parents ont une maison.

Les premiers jours furent difficiles. Il me fallait du temps pour me réacclimater et j’essayais de ne pas faire de vagues. Heureusement les autres réfugiés ne sont pas de mauvaises graines et la bonne entente a germé rapidement. Avec moi, cinq autres personnes se sont abrités sous ce toit providentiel. Mes deux parents, deux de mes frères et une cousine qui fait ses études sur Nantes.

La propriété est suffisamment proche de la côte pour me permettre de me nourrir du bon air marin mais également de savoureuses pommes de terre. Nous en mangeons presque quotidiennement et, par prudence, il en fût planté une bonne quantité au début du séjour, le jardin étant suffisant grand pour avoir un petit potager.

Si il est certain que la fermeture du séminaire donne à ce temps un drôle de goût, ce n’est pas non plus l’amer à boire. La vie ne manque pas de sel et s’écoule tranquillement au rythme du cri des mouettes, des offices, et des cours maintenant réguliers.

Le fait d’avoir ces interventions fréquemment m’a aidé à avoir un travail intellectuel régulier. Sans cela ce serait surement tombé à l’eau. Je me réjouis donc: tout n’est pas cuit! Je craignais de devenir une patate de canapé…

Je me réjouis en pensant qu’il nous sera bientôt donné la grâce de tous nous revoir. En y pensant je me sens tout à fait dans  mon assiette.

Je vous souhaite à tous un bon chemin vers Pâques.

Benoît de Vasselot